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Conseils vétérinaires
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CONSEILS VETERINAIRES
(Source Lionel SCHILLIGER , MANOURIA N° 1,Mai 1998)
Les dix commandements de la prophylaxie sanitaire et médicale chez les chéloniens.
La clé du succès en terrariophilie passe impérativement par le respect scrupuleux de quelques règles élémentaires de prophylaxie sanitatire et de chimioprévention, qui sont édictées ci-dessous en "dix commandements". Cette rigueur est particulièrement recommandée pour la maintenance en captivité des chéloniens qui cohabitent souvent en groupe dans un même terrarium, aquaterrarium ou parc extérieur. En effet, la réussite d'un élévage de tortues, c'est-à-dire la réalisation et l'observation de cycles complets de reproduction, est l'aboutissement gratifiant d'une conduite à tenir depuis la réception des animaux jusqu'à l'éclosion de leur progéniture.
Cet article traite des premières mesures préventives et curatives à adopter dès l'acquisition d'une tortue.
Faire observer une période de mise en quarantaine à tout nouvel arrivant.
Cette première mesure de prophylaxie sanitaire est essentielle et obligatoire. Elle doit s'appliquer sans exception à toute tortue dès son arrivée, quelle que soit son origine (importée, sauvage ou née en captivité). Pendant cette mise en quarantaine (d'une durée approximative de 1 mois), chaque animal doit être isolé dans un enclos à part ou dans un terrarium d'infirmerie, distinct et éloigné des autres, et doit faire l'objet, de la part de l'éleveur, d'un examen visuel attentif et détaillé au fil des jours, afin d'évaluer son état général (dynamisme, comportement et appétit) et de déceler toute maladie en début d'évolution (jetage au niveau des narines, hypersalivation, respiration gueule entrouverte, écoulements oculaires suspects, consistance des selles anormale, présence de suffusions (épanchement d'un liquide organique hors du vaisseau le contenant) hémorragiques sur les membres et sur le plastron, présence d'acariens ou d'ulcérations sur le tégument). Toute tortue déclarée malade pendant cet isolement devra être rapidement soignée à l'aide d'une thérapeutique appropriée et réévaluée après la fin de son traitement avant de réintégrer un cheptel sain de congénères.
Effectuer d'un protocole de chimioprophylaxie (prévention des maladies par des traitements à base de substances chimiques) antiparasitaire sur chaque tortue mise en quarantaine.
Compte tenu de la gravité des affections parasitaires internes chez les chéloniens, il est tout à fait justifié, et même fortement recommandé, d'appliquer un protocole de lutte antiparasitaire systématique, "à l'aveugle", sur chaque tortue apparemment saine au cours de la quarantaine. En effet, parmi les pathologies les plus fréquemment observées en captivité, les endoparasitoses (endoparasite : parasite vivant à l'intérieur d'un organisme animal ou végétal) (maladies potentiellement redoutables et contagieuses) occupent la troisième place deririère les maladies bactériennes et les troubles métaboliques d'origine nutritionnelle.
On estime aujourd'hui que leur importance est trop souvent minimisée en terrariophilie. L'association thérapeutique des trois principes actifs suivants est préconisée :
- le Métronidazole (Flagyl 4% N.D.H (nom déposé : médicament disponible en pharmacie)).
- le Lévamisole (Nemisol 15% N.D.V (nom déposé : médicament disponible chez les vétérinaires)).
- le Praziquantel (Droncit N.D.V).
Ces trois médicaments antiparasitaires internes sont dénués de toute interaction médicamenteuse et peuvent être administrés simultanément.
Le métronidazole est un antibiotique protisticide (agent permettant la destruction de tous les animaux unicellulaires comme les protozoaires) doté d'une puissante activité contre les principaux protozoaires digestifs et urinaires des chéloniens, à l'exception des coccidies. Il s'utilise à la posologie (quantité et rythme d'administration d'un médicament prescrit) de 160mg/kg de poids vif (poids de la carapace compris), par sonde oro-gastrique, 2 fois à trois jours d'intervalle, ce qui correspond à 4 ml du soluté buvable de Flagyl à 4% par kg de poids vif à J0 et à J3 (traitement à 3 jours d'intervalle).
Le lévamisole est un vermifuge ( remède propre à faire évacuer les vers intestinaux) très efficace contre tous les nématodes gastro-intestinaux et pulmonaires des tortues (vers ronds). Il est très commode d'emploi et doit être administré à la posologie de 0,1 ml/kg de poids, par voie I.M. (injection par voie intramusculaire) dans le muscle triceps brachial, 2 fois à 15 jours d'intervalle, (soit 4 unités de seringue à insuline) à J0 et J15. Attention aux erreurs de dosage ! En cas de doute faites appel à votre vétérinaire.
Pour les tortues de poids inférieur à 250 g, préférer l'utilisation du Panacur à 2,5% en soluté buvable, qu'il faut utiliser à la posologie de 2ml/kg, deux fois à 15 jours d'intervalle, par sondage oro-gastrique.
Le praziquantel est la seule molécule antiparasitaire interne réellement efficace contre les vers plats (à la fois contre les cestodes, c'est-à-dire les taenias, assez rares chez les chéloniens, mais aussi contre les trématodes, très fréquents chez les tortues d'eau douce).
Il s'utilise à la posologie de 8 mg/kg par voie I.M., en une seule fois, ce qui correspond à 4 Unités Internationales du soluté injectable de Droncit à 5% dans une seringue à insuline standard (40 U.I./ml).
Cette tri-thérapie chimioprophylactique fournit d'excellents résultats et permet de diminuer considérablement la pression d'infestation parasitaire des tortues dès leur réception, avant de les introduire dans un lot sain. Rappelons que de nombreux parasites internes ont un cycle évolutif monoxène, c'est-à-dire direct. La transmission de ces parasites s'opère alors très facilement, par ingestion de végétaux contaminés par les selles d'une tortue parasitée, ou même seulement par l'intermédiaire d'une eau souillée dans un aquaterrarium.
Administrer un traitement antibiotique précoce si une tortue présente un syndrome infectieux.
La présence d'une éventuelle infection doit être évaluée par un vétérinaire à l'issue d'un examen clinique complet. Mais certains grands syndromes sont désormais classiques, bien connus des terrariophiles et facilement identifiables. Il importe alors de les traiter "vite et fort".
Si une consultation auprès d'un vétérinaire ne peut être assurée rapidement, il est possible d'administrer à une tortue malade de l'enrofloxacine (Baytril 5% N.D.V) par voie I.M. dans le muscle triceps brachial, 1 fois par jour pendant 10 jours de suite, à la posologie de 5-10 mg/kg de poids vif, ce qui correspond à 8 U.I de soluté dans une seringue à insuline par kg. Cet antibiotique du groupe des fluoroquinolones est dénué de toute néphrotoxicité (action négative sur les reins) chez les reptiles et peut être utilisé sans danger. Il est très efficace contre la majorité des bactéries responsables de maladies infectieuses chez les tortues. Ce traitement doit être instauré très rapidement en cas de septicémie hémorragique, de rhinite, de stomatite, de bronchopneumonie, de plaie cutanée surinfectée ou de maladie ulcérative de la carapace. Il faut consulter un vétérinaire si l'infection résiste au traitement.
Proscrire la surpopulation et le mélange d'espèce différentes dans un même enclos, terrarium ou aquarium.
La promiscuité d'espèces d'origines géographiques différentes est un non-sens écologique qui représente une véritable source de problèmes. De nombreux agents pathogènes (qui provoque ou peut provoquer une ou des maladies) (bactéries, virus ou parasites) peuvent être transmis dans un élevage à partir de tortues porteuses d'apparence saines qui jouent les rôles de réservoirs sans déclarer de maladie. La surpopulation est synonyme de stress physiologique, bien connu pour affaiblir les défenses immunitaires. Elle provoque également des combats intempestifs entre mâles à la suite de conflits de dominance ou de territorialité.
Respecter les facteurs d'ambiance requis pour chaque espèce.
Chaque espèce de tortue exige des conditions de maintenance spécifiques. Il convient de veiller à les respecter constamment (températures diurnes et nocturnes, photopériode, hygrométrie, hivernage, exposition à des rayonnements ultraviolets, alimentation, boissons).
Veiller à l'hygiène du milieu.
L'hygiène est un facteur primordial de prophylaxie sanitaire. Les terrariums ou aquaterrariums doivent être régulièrement désinfectés à l'eau de Javel (les animaux ne doivent évidemment jamais entrer en contact avec l'eau de Javel et les surfaces désinfectées doivent être abondamment rincées (note de la rédaction)), les systèmes de filtration de l'eau des bacs doivent être performants, les excréments dans les enclos extérieurs doivent être fréquemment ramassés et la litière des boxes doit être maintenue propre.
Veiller à la qualité de l'alimentation
La qualité de l'alimentation est un facteur primordial. En prévention de risques d'ostéofibrose (transformation fibreuse des os) nutritionnelle, les chéloniens herbivores doivent recevoir une alimentation au moins deux fois plus riche en calcium qu'en phosphore (ex. chou, pissenlit, luzerne, cresson, endive, romaine, melon, orange, blette, navet, feuille de brocolis, feuilles de betteraves, mache ou croquettes industrielles pour tortues terrestres). Quant au régime alimentaire des chéloniens carnivores aquatiques, il doit être constitué le plus possible de proies entières (poisson frais non congelé avec arêtes, vertébrés aquatiques) ou de croquettes adaptées à leur régime hyperprotidique.
Traiter systématiquement toute plaie débutante
Toute affection cutanée, même bénigne, doit être désinfectée (au soluté de Dakin ou à la chlorhexidine, par exemple) afin de prévenir l'apparition de surinfection mycosique ou de myiase (présence de larves de diptères à l'intérieur d'une plaie)
Désinfecter régulièrement le matériel de soins et de contention.
Une désinfection simple à l'eau de Javel, des pinces, des sondes, des brosses, des épuisettes et des gamelles évite la transmission d'agents pathogènes entre les tortues. Des seringues et des aiguilles à usage unique doivent être utilisées pour les traitements injectables.
Faire pratiquer un examen coproscopique (coproscopie : analyse des excréments) régulier.
Une analyse annuelle des selles doit être effectuée sur des selles de mélange pour chaque enclos ou aquaterrarium. Cette mesure permet le dépistage des parasitoses récidivantes à cycles monoxènes et évite les réinfections potentielles de tout un cheptel.
Conclusion : une tortue correctement vermifugée, se voyant distribuer une alimentation équilibrée, exposée régulièrement à des rayonnements ultraviolets dans un milieu propre et adapté à son biotope est une tortue qui fréquentera rarement la salle d'attente du vétérinaire !
Gardons toujours à l'esprit cet adage de l'erpétopathologiste américain Roger Klingenberg : Captivité + stress + parasitisme = maladies potentielles.
Lionel Schilliger
Docteur vétérinaire
(janvier 1998).
Jst - 07/02/2006
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